Le mot d’Hillary Clinton a fait fortune : ‘Never waste a good crisis’, Ne gaspillez jamais une bonne crise ! C’est ce qu’a enfin compris Barroso et c’est ce qu’il a tenté de faire dans son discours sur l’Etat de l’Union prononcé ce mercredi à Strasbourg.
Dans cette vieille planète que nous appelons encore notre terre, l'immense majorité de nos contemporains vivent désormais dans le béton. La ville abrite en effet déjà un être humain sur deux. En outre les migrations ont transformé nos villes en carrefours de cultures, de langues, de religions.
La ville est à la fois lieu de liberté et lieu de solitude. C'est le paradoxe véritablement insupportable de la ville. Espace de beauté, de richesse, de culture, de confort, d'opportunités pour celle ou celui qui a les ressources pour en tirer parti, la ville est aussi lieu d'anonymat, d'indifférence, d'exclusion, de violence morale et physique. Partout se pose avec une acuité nouvelle le problème de la différence vécue comme une menace ou comme une promesse, et du coup est posée la question de l'échange, de la rencontre, du respect, de l'entraide, du vouloir-vivre ensemble.
Comment ré-humaniser la ville cosmopolite d'aujourd'hui ? Comment y faire entrer plus de justice, plus de dignité, plus d'amour ? Comment rendre une âme à la ville ? A notre ville ? Car nous nous situons bien dans la recherche de solutions concrètes aux problèmes de cohabitation et d'intégration qui se posent ici à Liège en 2011. A mon sens nous devons croiser deux approches : celle, incontournable, de la politique et celle, plus difficile, de l'éthique, dans sa formulation la plus exigeante, celle de l'Evangile.
Tout d'abord, une politique juste et avisée peut beaucoup pour réduire les inégalités les plus criantes : d'un côté, améliorer d'abord l'habitat des plus pauvres, penser l'éducation à partir des besoins des plus faibles à commencer par les familles qui connaissent mal notre langue, assurer la protection des plus vulnérables contre la violence au quotidien, et d'abord les enfants et les femmes, protéger les travailleurs immigrés et clandestins de l'exploitation par des patrons abusifs, promouvoir une culture de la civilité dans les transports, les administrations, lors des contrôles d'identité, dans les commissariats de police et les hôpitaux, dans la propreté des rues et des transports publics, dans le respect du patrimoine public et des immeubles privés ; d'un autre côté, la fiscalité communale nécessaire au financement de cette politique, doit encourager l'emploi et décourager la rente financière et foncière.
Mais la politique ne suffit pas et de toute façon la qualité de la politique dépend en définitive de la qualité des citoyens, de leur niveau de conscience et d'exigence éthique, de justice et de solidarité.
Aussi ce soir au terme de cette marche fraternelle qui porte témoignage de notre idéal, je voudrais non pas lancer un appel, mais plutôt une invitation à chacune et chacun d'entre nous, à s'interroger par devers nous-mêmes, sur l'amour de notre prochain, sur notre volonté à l'étendre aux vrais ‘autres', non pas seulement à notre famille, nos amis, nos proches, nos semblables, mais à celles et à ceux qui sont au départ éloignés de nous par des différences qui nous paraissent parfois indépassables. Reconnaître en l'autre quel qu'il soit par la couleur de sa peau, sa religion, sa culture un autre moi-même et le traiter en frère ou en sœur. Et au-delà de ce regard fraternel que j'entends poser sur lui, m'engager à parler en son nom lorsqu'il ne peut pas le faire, agir pour améliorer son sort au quotidien, partager avec lui au moins mon superflu , mais aussi ce que nous croyons parfois trop vite nous être indispensable alors que ce n'est peut-être même pas vraiment utile.
Il y a une forme de liberté qui ne conduit pas à la solitude mais à la joie, c'est le renoncement au superflu, c'est l'allègement de nos besoins, c'est la frugalité, c'est le partage. La véritable liberté est là dans la fraternité et dans l'amour. Je vous souhaite une heureuse et fraternelle année 2011.
L'UE se pose volontiers en légataire du plus vivant des héritages de la civilisation européenne: les Droits de l'Homme qui fournissent le fondement éthique de la politique dans une démocratie occidentale. D'ailleurs, la politique est-elle en définitive autre chose que la tentative, à recommencer sans cesse, de donner un contenu concret aux principes de dignité de l'Homme, de liberté et de justice, que l'Europe a fait émerger comme ses valeurs centrales, au fil de son Histoire millénaire?
Les rapports de l'Europe avec les Droits de l'Homme ont cependant toujours été ambigus: elle les a proclamés depuis 1789 dans nombre de conventions internationales et dans ses constitutions nationales pour les consacrer dans la Charte des Nations Unies de 1948. Pour autant, elle les a longtemps déniés aux peuples de ses empires coloniaux. Ils sont innombrables les épisodes honteux de notre Histoire , comme le commerce triangulaire entre l'Afrique, les Amériques et l'Europe fondé sur le trafic des esclaves, comme les guerres menées contre la Chine au XIXe siècle pour la forcer à importer l'opium des Indes , alors sous couronne britannique, ou encore comme l'extermination des indiens par les immigrants européens aux Etats-Unis au XIXe . Par ailleurs, l'Europe en est restée longtemps aux affirmations de principe sur son propre sol : pensons au travail des enfants, au vote des femmes concédé après la seconde guerre mondiale, à la peine de mort abolie en France seulement en 1982. Aujourd'hui encore , pouvons nous parler de dignité dans toutes nos prisons ; de justice avec les abus du travail clandestin et l'exploitation des plus pauvres par les marchands de sommeil, d'inégalités salariales parfois criantes et de la persistance de l'écart de rémunérations entre hommes et femmes, notamment parmi les travailleurs les moins bien payés ; de liberté d'expression irréprochable avec la concentration de la presse écrite en France dans les mains de quelques grands industriels, et en Grande-Bretagne par les magnats de la presse populaire, ou des chaînes de télévision dans l'Italie de Berlusconi.
Les Droits de l'Homme, on le comprend bien, constituent des principes abstraits qui doivent prendre corps dans des lois et des pratiques. Se posent à leur propos deux questions. D'abord, ont-ils une portée véritablement universelle ou sont-ils le produit de notre culture à laquelle l'Asie, notamment la Chine, pourrait légitimement opposer d'autres valeurs au titre par exemple de la morale confucéenne ou bouddhiste, ou les pays arabes au nom de la charia islamiste ? Pour ma part, je crois que les Droits de l'Homme sont universels, mais qu'ils naissent et progressent dans des contextes géographiques, économiques et culturels qui encouragent ou freinent leur transposition en politiques, en lois et en comportements individuels et collectifs. Pour des sociétés très pauvres, les droits à la nourriture, au logement, à la sécurité contre la violence quotidienne constituent des priorités. Ces droits sont les prémisses incontournables de droits et de libertés plus larges et plus avancés. Même dans nos pays, quelle est la portée réelle de la liberté pour celle ou celui qui survit dans la précarité et la peur du lendemain ? La liberté, pour être pleinement effective, suppose une certaine justice sociale. En d'autres mots, trop souvent l'universalité des droits de l'Homme est contestée en-dehors des pays occidentaux, simplement parce que les conditions matérielles de base ne permettent pas leur mise en œuvre effective. Autrement dit, il ne faut pas transiger sur la portée universelle des Droits, mais il faut aussi prendre en compte la réalité du moment sur le terrain. Il en va particulièrement ainsi de la démocratie pluraliste que nous tenons pour un idéal parce qu'elle correspond le mieux aux préférences collectives de nos sociétés individualistes. Mais fait-elle sens là où prévaut encore la famille, le clan, l'ethnie ? L'Afrique et l'Asie offrent ainsi parfois des démocraties de façade qui sont des caricatures de la nôtre, mais nous nous accommodons de ces faux semblants parce qu'ils ménagent notre rhétorique démocratique occidentale. Et trop souvent nous en restons là.
Or, et c'est ma seconde préoccupation, il faut faire progresser la cause des Droits de l'Homme et de la démocratie qui, lorsqu'elle est effective, en est le meilleur garant, partout et à tout moment. Comment s'y prendre le mieux ? Peut-on parachuter la démocratie du ciel comme en Irak ? Doit-on l'acheter avec de l'aide ou sanctionner les manquements par un embargo commercial ? Ou encore favoriser par des programmes de coopération, l'initiation à leur mise en œuvre par les citoyens ou par les autorités? Abolir le travail des enfants par l'interdiction des importations sur nos marchés, est-il efficace quand 80% travaillent de toute façon dans la ferme familiale qui n'exporte rien vers l'Europe, et qu'il n'y a pas encore d'école au-delà du primaire ? Que faire lors que les syndicalistes sont assassinés par des milices patronales couvertes par les autorités comme il arrive en Colombie ? Comment forcer Foxconn, la multinationale chinoise de l'électronique, à payer des salaires décents et à améliorer radicalement les conditions de travail et de vie de sa main d'œuvre ?
L'Europe doit donner à travers tous les outils de sa politique extérieure une réponse concrète à ces questions appropriée à toutes les situations. Le relais de la société civile, notamment à travers les ONG, est particulièrement précieux pour trouver la politique la plus pertinente. Il n'y a pas de formule toute faite qui s'applique toujours. Il faut analyser les situations avec finesse et réalisme et choisir entre le dialogue, la coopération, la pression, voire la force là où des populations sont menacées de génocide. Nous avons appris l'important de ‘la responsabilité de protéger' qui implique en fait un devoir d'ingérence. C'est bien entendu là le point le plus controversé que la plupart des pays non démocratiques rejettent radicalement. Nous devons maintenant apprendre l'importance de l'éducation, de l'apprentissage humble mais déterminé d'actions qui ne confondent pas l'importation brute de ces valeurs universelles avec un apaisement de notre conscience démocratique européenne, ou pire avec l'aveuglement farouche de la course aux contrats et marchés mais qui au contraire, feront naître et grandir ces valeurs au travers de politiques de coopération, de formation, et d'aides ciblées, terreau fertile de l'épanouissement et embryon prometteur de démocratie.
Alors l'universalité aura pris tout son sens.
L'UE est née à l'abri du bouclier américain pendant la Guerre Froide. Elle s'est alors exclusivement concentrée sur son intégration économique, longtemps échaudée qu'elle était par l'échec de la ratification du Traité de la Communauté Européenne de Défense (CED) De ce temps date la dichotomie radicale qui marque la construction politique de l'Europe : d'un côté l'économie assumée par l'UE, de l'autre la défense sous-traitée à l'Otan. Comment l'Europe pourrait-elle s'affirmer comme une puissance politique face aux Etats continentaux émergents - Chine, Inde, Brésil, Russie- si elle n'assume pas, non seulement à travers la monnaie unique, mais à travers une défense propre, une communauté de destin ?
La révision du ‘concept stratégique de l'Otan en discussion aujourd'hui à Lisbonne nous oblige à rouvrir ce dossier difficile de la défense qui sera le test de réalité pour l'UE : Europe-espace ou Europe-puissance. On assiste à un paradoxe : l'outil Otan se cherche une mission, tandis qu' l'entité UE , faute d'un outil, ne s'interroge même pas sur la mission de défense. Or toute décision prise dans le cadre de l'Otan préjuge de ce que pourra faire l'UE lorsqu'elle a atteint le niveau de maturité nécessaire pour s'inquiéter de la maîtrise de sa sécurité.
L'Otan réfléchit à son extension géographique hors de l'UE alors même que six de ses 27 Etats-membres n'en font pas encore partie. Il envisage d'élargir ses interventions à l'échelle du monde comme il l'a déjà fait en Afghanistan pour y faire la guerre, au Pakistan et même en Louisiane pour des opérations humanitaires. Car dans les interventions de l'Otan, missions militaires et civiles se recouvrent dans un continuum qui va de la guerre à l'humanitaire.
Enfin et surtout l'Otan envisage tous les cas de figures où la sécurité des membres serait mise en péril: terrorisme, armes de destruction massives, attaque cybernétique, menaces sur l'accès aux ressources, notamment. Mais le cœur du métier de l'Otan reste aujourd'hui bien la dissuasion nucléaire par la disposition d'un arsenal puissant, éventuellement complété par un bouclier anti-missile dirigé vers l'Est.
Autre paradoxe, alors même que l'Otan élargirait son concept stratégique, ses ressources déjà très faibles (0,5% de l'effort de défense) n'augmenteraient pas alors que par ailleurs, tous les Etats s'éloignent de la norme de 2% du PIB consacré à la défense, norme que n'atteignent que les USA, le Royaume-Uni, la France, la Grèce et l'Albanie. La Belgique reste bien en deçà avec 1,2% en 2009.
Le Traité de Lisbonne ouvre des pistes à la défense européenne, en complément d'une politique étrangère encore très modeste. On parle armements, coopération militaire, interventions préventives ou post conflit articulées sur les politiques communautaires d'assistance humanitaire et de développement de l'UE. Mais les décisions se prennent à l'unanimité tandis que le nucléaire reste le domaine réservé du Royaume-Uni et de la France, par ailleurs seuls Membres permanents du Conseil de sécurité, et pour partie à ce titre.
Ce qui fait défaut c'est le pont entre l'UE et l'Otan qui a l'allure d'un pont d'Avignon de part et d'autre. L'arche centrale fait défaut comme l'a durement montré la rupture entre ‘nouvelle' et ‘vieille ‘Europe dans la guerre d'Irak.
L'Europe est une mosaïque en matière en matière défense et elle esquive d'autant plus facilement le sujet de sa sécurité qu'elle n'a jamais exercé en tant qu'UE un rôle de puissance globale. Seules la France et la Grande-Bretagne en ont fait l'expérience au XIXe siècle du temps glorieux de leurs empires coloniaux. Mais l'UE rassemble Etats neutres, armés ou non, et Etats dotés d'une armée engagée ou non dans l'Otan, et parmi les membres européens ceux qui acceptent ou non d'héberger de l'armement nucléaire sur leur territoire. Comme si le péril nucléaire épargnait les Etats ‘dénucléarisés' !
En fait l'Europe joue à la fois les autruches et les passagers clandestins. Ce faisant, elle commet trois erreurs graves. D'abord, elle fait confiance au bouclier américain comme si celui-ci était absolument acquis ; or il se peut que les Américains ne soient ni désireux, ni en mesure d'intervenir, notamment s'ils étaient mobilisés sur un autre théâtre d'opérations militaires. Ensuite la protection américaine serait gratuite ! C'est ignorer qu'une partie de la supériorité technologique de l'Amérique dans l'industrie civile, vient des technologies à double usage financées par le Pentagone ; par ailleurs, le privilège du dollar comme ancrage du système monétaire international permet aux Etats-Unis de laisser filer leur monnaie, exportant par là leur chômage vers l'Europe sans que l'UE y ait rien à redire. Enfin, l'Europe doit bien réaliser qu'elle ne sera jamais un partenaire stratégique ni pour les Etats-Unis eux-mêmes, ni pour le Chine, ni pour l'Inde, ni pour la Russie, si pour sa défense elle s'en remet aux Etats-Unis.
L'UE ne peut pas ne pas définir sa position sur le concept stratégique de l'Otan, dans la perspective d'en faire un outil commun à la fois aux USA et à l'Europe comme telle. De la sorte, l'Europe établirait pour la première fois de son Histoire, un rapport d'égal à égal avec les Etats-Unis dont elle serait alors en mesure d'influencer la politique, fait essentiel pour sa crédibilité vis-à-vis des grands pays tiers. L'UE doit gagner en maturité et ouvrir le débat avec son opinion sur ces questions vitales pour notre sécurité et pour notre place dans le monde. Le concept stratégique de l'Otan sera différent si l'Europe agit comme un tout et si elle prend sa part de l'effort commun dont le poids budgétaire sera mieux maitrisé par la rationalisation des forces. Il faut sortir de la facilité et de l'ambigüité. Le monde bascule vers l'Asie et l'émergence des BRIC sonne le déclin relatif des Etats-Unis et de l'Europe. L'UE ne peut plus s'en remettre simplement à l'Amérique. Elle ne peut plus davantage persister dans l'illusion qu'elle est une puissance civile. Car la puissance est indivisible : sans une capacité militaire, une politique étrangère n'est qu'un parapluie qui ne protégerait pas de la pluie. Et il arrive qu'il pleuve justement au moment où l'on s'y attend le moins.
Sakineh Mohammadi Ashtiani est cette jeune iranienne de 43 ans d'abord condamnée comme complice pour le meurtre de son mari et par la suite acquittée de ce chef d'accusation, mais punie de 99 coups de fouet pour adultère, punition administrée en 2006, et désormais en attente d'une lapidation à mort pour avoir eu des relations intimes avec un homme.
Aujourd'hui, on apprend la suspension de cette peine par les autorités iraniennes, mais il ne s'agit que d'une suspension...
Son cas nous interpelle parce que l'exécution de ce terrible supplice va à l'encontre de trois principes moraux fondamentaux pour tout humaniste: le droit à la vie interdit la peine de mort ; la lapidation est une torture inhumaine ; enfin l'égalité entre hommes et femmes doit être absolue et ici elle est outrageusement bafouée.
Le régime fondamentaliste iranien a inscrit dans la loi du pays une série de peines extrêmement sévères qui portent gravement atteinte aux libertés et aux droits fondamentaux. Elles sont appliquées avec une rigueur absolue par les cours et tribunaux. Innombrables sont les violations des principes et des conventions des Nations-Unies, dont Téhéran se rend coupable. La république islamique d'Iran ne connait pas la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais au contraire les confond, maintient ainsi aux portes de l'Europe une loi d'un autre âge, obscurantiste et sectaire. Les femmes sont les premières à en faire les frais. Le destin de Sakineh est exemplaire de cette barbarie totalitaire. Il est surtout entre nos mains.
Le Parlement européen a voté le 7 septembre une Résolution commune à tous les groupes politiques, appelant le Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l'UE à jeter tout le poids politique et économique de l'Europe dans cette affaire d'abord pour sauver Sakineh de la mort par lapidation, mais aussi pour changer la législation iranienne et la mettre en conformité avec la loi commune des Nations-Unies, en cessant de s'abriter derrière la loi islamique de la Charia, telle que Téhéran l'interprète.
Comme Sénatrice, membre de la Commission des affaires étrangères, je vais soumettre à mes collègues une proposition pour appuyer auprès du Gouvernement belge la position commune prise par le Parlement européen. J'interviens dès aujourd'hui directement auprès du Ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere pour qu'il appuie dès lundi matin cette démarche auprès de ses collègues et de Lady Ashton, Haute Représentante de l'UE pour les Affaires Etrangères. La Belgique doit faire usage du levier de sa Présidence pour sauver la vie de cette jeune iranienne et faire pression sur Téhéran pour modifier la loi pénale.
Dans un monde qui va vers son unité, nous Européens avons le devoir de lutter opiniâtrement pour que la part de valeurs universelles dont notre vieille civilisation humaniste européenne est porteuse, serve de base à la loi internationale et que celle-ci soit effectivement appliquée : le respect de la dignité irréductible de tout être humain, homme ou femme, chrétien, juif ou musulman, noir, jaune ou blanc, est désormais le fondement de notre civilisation. Nous n'y sommes pas arrivés en une fois et il nous arrive parfois encore de faire silence devant des atteintes à ces principes. Notre devoir est pourtant de nous battre là où nous sommes pour donner toute sa chance à la femme et à l'homme de notre temps, de vivre libre et respecté. Une victoire pour Sakineh serait un pas de plus sur le chemin de la dignité humaine et de la liberté.
On connaît cette fameuse réplique de Martine, l' épouse vraiment très complaisante de Scagnarelle dans « le Médecin malgré lui » de Molière. Elle désarme toute logique et laisse l'interlocuteur sans voix.
On pourrait l'appliquer aujourd'hui à la Flandre de Bart De Wever qui prend le risque d'en finir une fois pour toutes avec la Belgique en feignant de ne pas voir l'aberration de ce choix. Pour moi je pense pour cela que Bart De Wever est un mystificateur cynique et je m'étonne du crédit qu'on lui accorde du côté francophone.
De Wever est un mystificateur parce qu'il sait que la séparation de la Belgique serait une tragédie pour la Flandre qui bien évidemment y perdrait Bruxelles , sa capitale, et plus que certainement la périphérie . Un politicologue flamand réputé disait récemment qu'il n'existait pas de réussite connue d'une séparation chirurgicale de frères siamois unis par la tête, ce qui est précisément le cas de Bruxelles...
L'agriculture fait un retour en force au premier plan du débat politique. Elle est en effet au carrefour de quatre chemins : le marché, la société, l'environnement et la politique. La politique agricole elle-même s'articule sur trois niveaux : européen , fédéral et régional. C'est dire la complexité du dossier.
Tous nous avons été bouleversés de découvrir l'an dernier au JT les images terribles des déversements de lait dans nos campagnes témoignant du désarroi de nos agriculteurs. Et voilà qu'aujourd'hui l'UE se prépare à déstocker poudre de lait et beurre parce que les prix du lait remontent. Ces fluctuations excessives de prix minent la profession. Il n'ya pas de doute pour le cdH que la régulation des marchés doit rester un outil de la politique agricole, même si son efficacité est contrainte par la pression des marchés internationaux . Mais il faut bien d'autres choses encore...
On dit Bart De Wever intelligent. Peut-être ! Mais la passion nationaliste doit obscurcir son jugement, car il vient de proposer que l'impôt sur les sociétés soit régionalisé et cela pour deux raisons : d'une part en garder le produit pour la Flandre et d'autre part en abaisser le taux ou modifier l'assiette pour attirer des investissements en Flandre, le cas échéant aux dépens de la Wallonie et de Bruxelles.
Or la régionalisation de l'impôt des sociétés se heurte à des objections qui reviennent à la rendre nuisible ou impossible. Tout d'abord la concurrence fiscale aboutit à ce que le taux facial varie de plus de 30% en Belgique, à 15% en Slovaquie et à 0% en Estonie : elle apparaît aujourd'hui comme une des plaies de la fiscalité en Europe. Elle entretient une concurrence déloyale entre entreprises de pays différents. Elle appauvrit les Etats et les oblige, pour compenser leurs pertes, à alourdir la fiscalité sur le travail et sur la consommation. Elle débouche par un jeu de dominos, à un alignement vers le bas qui élimine l'avantage initial du pays qui se lance le premier dans la course au moins disant fiscal . Il en va ainsi lorsque, dans la fièvre du match ,le premier rang des tribunes assises se lève, obligeant du coup , rang après rang, tous les autres spectateurs à se lever à leur tour pour voir aussi bien .Au total, personne ne voit mieux, mais on se retrouve debout au lieu de rester assis pour le reste de la partie...
Hillary Clinton a eu l'autre jour cette phrase pleine de sagesse : ‘never waste a good crisis! » . Ne gaspillez jamais une crise sérieuse ! Cela s'applique exactement à ce que nous tentons de faire au niveau européen pour sauver l'euro et par ailleurs mettre en place un nouveau cadre de régulation financière pour prévenir le retour d'une crise bancaire. Qui aurait parié un cent voici deux mois sur l'éventualité de voir l'Allemagne souscrire à un plan d'aide de 110 milliards d'euros pour la Grèce et la semaine dernière , constituer un trésor de guerre de 750 milliards euros avec l'aide du FMI -et sans la participation britannique-pour contenir les attaques spéculatives contre l'euro...
Quand la maison brûle, il faut d'abord éteindre l'incendie. C'est ce qu'ont fait avant-hier les Ministres des finances des 27 réunis hier en conseil Ecofin en décidant de mettre 500 milliards sur la table pour arrêter les attaques contre les Etats de l'eurozone en difficulté. Il faut espérer que le montant et les modalités de l'opération -notamment la solidarité de tous les 27, Royaume-Uni compris, lequel reste à convaincre- suffiront à endiguer le flot de la spéculation.
Cela étant ne soyons pas dupes. En aidant la Grèce, l'Espagne et le Portugal, nous volons à nouveau au secours de nos banques parce qu'elles détiennent des titres de la dette publique de ces pays et sont donc à nouveau fortement exposées sur de nouveaux actifs toxiques. Car le risque d'une nouvelle contraction du crédit se profile, et comme un second sauvetage des banques créancières en deux ans déclencherait la colère légitime des contribuables appelés encore une fois à la rescousse, les Ministres de Finances choisissent d'aider les débiteurs. Pourtant rien ne garantit que les prêts accordés par nos Etats à ces pays seront remboursés à coup sûr. Un rééchelonnement de la dette des pays en difficulté ne peut pas être exclu, ce qui viendrait alors grossir notre propre dette publique.
J'entends beaucoup blâmer la spéculation, notamment par M. Sarkozy qui en a fait un de ses chevaux de bataille. Je suis bien entendu d'accord avec lui là-dessus. Mais n'y-a-t-il pas une certaine hypocrisie à regretter que les renards soient carnivores et dévorent les poules ? Ne devons-nous pas renforcer d'abord le grillage du poulailler ? Il faut donc accélérer la réforme de la régulation financière en Europe qui, à cause de la résistance des lobbies de la finance et, disons-le, de la timidité des gouvernements n'avance ni assez loin, ni assez vite. La crise financière doit être exploitée comme un catalyseur du changement.
Mais le plus difficile reste à faire : la sortie de crise économique par le désendettement des Etats. Le sentier est étroit entre une inflation à l'argentine et une déflation à la japonaise. Tous nos efforts doivent porter sur cette stratégie qui passe par un renforcement radical de la gouvernance de la zone euro et l'instauration de sa pleine souveraineté monétaire, financière et fiscale. La crise peut être aujourd'hui exploitée pour faire de l'impensable d'hier la réalité de demain. Affaire de vision et de leadership collectif.
Quand je vous disais que le train de BHV pouvait en cacher un autre !